On me dit tous les jours que les grosses sont plus vulgaires. Et je réponds tous les jours que je vous emmerde.
« Couvrez-moi ce sein — énooooorme — que je ne saurais voir. Cachez ces bourrelets, ce ventre, ce dos et ces bras. Disparaissez ! »
Bouuuh ! Ce n’est pas gracieux, et ça nous met mal à l’aise. Nos sociétés ne sont pas tendres avec les femmes grosses, qu’elles jugent fainéantes et souvent laides. Et encore moins avec les femmes grosses qui ont le culot d’oser vivre librement et publiquement.
Dans l’imaginaire collectif occidental contemporain, un corps mince serait synonyme de discipline, de maîtrise de soi, de raffinement et même de réussite. Sans forcément s’en rendre compte, on assimile souvent le corps à la personnalité : les gros seraient donc paresseux, moins distingués, moins maîtres d’eux-mêmes et goinfres. Pour les femmes, cet imaginaire de gourmandise est souvent associé à la sexualité. Elles auraient faim de tout, et surtout de sexe. Et on ne laisse pas beaucoup de place aux femmes grosses : elles sont soit invisibilisées, soit caricaturées, souvent hypersexualisées. Donc, vulgaires.
Quand on dit souvent qu’un rien habille un corps mince, parce qu’être filiforme rendrait tout plus chic, j’entends tout aussi souvent que rien n’est assez couvrant pour cacher trop de chair.
Nous, femmes formées, curvy, obèses, devrions nous empêcher de porter tellement de choses parce que ça ne flatte pas notre silhouette. C’est normal, puisque ce n’est pas pensé pour nos corps, qui sont hors normes.
Mais les normes et les tendances sont changeantes. Pendant un siècle, on superposait des couches pour avoir le plus gros arrière-train possible. Pendant un autre, on se bandait les seins pour dramatiser son côté garçonne. Il fut un moment où l’on ne jurait que par le décolleté plongeant et la cuisse rebondie. Et il y a aussi eu la taille ultra-fine, le devant du crâne rasé pour agrandir le front, le style accro à l’héro…
Au fil du temps, les standards de beauté ont essentiellement oscillé entre accentuer les formes féminines et les effacer totalement.
C’est la société qui décide ce qui est gros, acceptable, beau, moche. Et c’est la société qui décide quand c’est beau et quand ça doit changer. Croyez-vous donc qu’il serait sage de se fier à des standards plus changeants qu’une météo de mois de mars ? Bien sûr que non.
Un jour, quelqu’un de sage (sûrement une chica) a dit que les femmes étaient rarement des gold diggers. C’est juste le nom que leur donnent tous les hommes qui n’arrivent pas à les gérer. Preach !
Eh oui ! C’est le mythe le plus tenace depuis les aliens constructeurs de pyramides : la plupart des meufs seraient ces êtres sanguinaires qui n’en auraient qu’après le portefeuille des hommes. Il faudrait donc s’en méfier et, mieux encore, les mettre au pas.
Ce n’est pas moi qui le dis, mais tous ces incels et adeptes des théories masculinistes et autres pilules rouges, qui se sont réunis sous la bannière des mal-aimés, des mauvais dragueurs et des calvities non assumées.
Au lieu de se remettre en question et d’essayer d’être plus attrayants, ils ont décidé de créer un mouvement et de faire de la gent féminine la cause de tous leurs malheurs.
Parce qu’entre nous, si une fille n’en a qu’après ton argent, c’est peut-être parce que tu n’as rien de mieux à offrir.
Mais pourquoi je parle de ça ? Ça fait quelque temps que je vois des influenceuses que j’apprécie faire des stories où elles expliquent que le meilleur moyen de faire fuir un homme serait d’être vénale.
Que les hommes seraient plus généreux avec des meufs qui se débrouillent toutes seules et qu’il ne faudrait jamais rien exiger, mais faire en sorte que notre comportement donne envie à notre mec de nous couvrir de cadeaux.
Souuuuffle d’irritation !
A-t-on encore besoin d’un manuel sur comment être une petite amie parfaite ? A-t-on envie d’être une petite amie parfaite ? Et a-t-on vraiment envie de savoir ce que veulent les hommes ?
Ces girouettes ?
Beaucoup disent aimer les femmes traditionnelles, celles qui savent rester à leur place et s’occuper brillamment d’une maison et d’un mari. Mais, bien sûr, adeptes du 50/50, ils s’attendent toutefois à ce qu’elles travaillent et contribuent. Le fameux « indépendante financièrement, mais pas trop ».
Il y a aussi ceux qui adorent le sexe et détestent les femmes qui l’aiment ouvertement. Malheur à celles qui sont nulles, et encore plus de malheur à celles qui sont trop douées.
Et doit-on parler des hommes qui courtisent les meufs sexy pour ensuite leur reprocher de l’être ? (Loooooser !)
La femme idéale n’existe pas, parce que l’homme idéal n’existe pas, et que la plupart veulent tout et son contraire. Et vous savez pourquoi ? Parce que, dans le fond (et même à la surface), un bon paquet nous détestent. Et encore plus celles qui savent ce qu’elles veulent et n’ont pas peur d’avoir des standards. Ça les rend trop hors de portée.
Ça aussi, c’est sociologique.
Beaucoup d’hommes n’aiment pas réellement les femmes. Ils sont homosociaux.
Ils ne vivent que pour la validation et le respect d’autres mecs.
Et tous leurs choix — de la femme qu’ils aiment au travail qu’ils font, en passant par leur propre physique — ne servent qu’à impressionner un homme qu’ils considèrent comme plus dominant.
Comment se fier à quelqu’un qui se laisse embarquer dans la performance de genre et qui laisse les attentes sociales sexistes guider ses comportements amoureux plus que ses propres sentiments ? Quand on sait tout ça, a-t-on vraiment envie de savoir quel comportement adopter pour plaire à des hommes qui ne se plaisent même pas à eux-mêmes ?
Les hommes sont changeants, la société est changeante, les normes de beauté sont changeantes ! La seule chose qui doit rester intacte, cet été, c’est notre self-love et nos kitten heels !